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Extrait d’un entretien avec l’artiste à l’occasion de son exposition « Paesaggio del viso »
à
la Villa Médicis (septembre-octobre 2006)

 

Federico Nicolao :

Votre représentation des visages nous fait expérimenter une sorte de dépaysement par rapport aux descriptions traditionnelles d’usage en peinture : vos portraits semblent vouloir pénétrer un « ailleurs » des individus qui y sont montrés.

 

Jérôme Lagarrigue : 

(…) En travaillant une architecture intime comme celle d’un visage sur de très grands formats, celle-ci s’amplifie jusqu’à devenir un terrain de rencontres où je me confronte à la personne comme une architecture que, moi-même, j’ignore. (…) Sur des formats aux dimensions démesurées, ce sont les coups de pinceau, un dégradé, une torsion obtenue d’un coup de spatule, qui nous disent plus familièrement ce qui se cache derrière ce que nous avons vu des milliers de fois. Dans ce contexte spatial naît le parallèle entre une idée de visage et une idée d’architecture, comme si c’était la bonne direction pour essayer de répondre aux dilemmes avec lesquels tout peintre doit sans cesse se confronter. Comme cette vieille histoire de frontière fragile entre abstraction et figuration. ( …)Tout en observant, sur des formats si amples, la façon dont se construit un regard, un sourire, une pensée, un nez, à coups de pinceaux et de spatules, avec des énormes zones à remplir, il arrive, inconsciemment ou non, que l’on cherche aussi à attribuer des traits humains à ce qui n’en a pas.

 

F.N. :

La photographie (dans votre démarche) n’est qu’un point de départ…

 

J.L. :

Une chose que j’aime particulièrement faire est de me servir des impressions ou de leur équivalent numérique sur l’écran de mon ordinateur, pour procéder ultérieurement à une défragmentation des figures que je peins. Diviser et fragmenter le modèle original, voici un aspect qui est, depuis toujours, intéressant en peinture et que les nouvelles technologies semblent en quelque sorte encourager, en incitant à interroger plus profondément la substance de ce que l’on observe. Il y a toujours, à la base, un désir chez l’artiste de se libérer de l’exigence d’une conformité au réel mais, paradoxalement depuis près d’un siècle, ce sont des instruments tels que la photographie, le cinéma et, aujourd’hui, les vues satellitaires, qui permettent à l’auteur de déployer son regard, d’aller à la recherche de soi.

 

 

 

 

 

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