ROYA AMIGH

Point de vue

Diplômée de l’Université de Boston et actuellement assistante de recherche à l’Université d’Harvard – Roya Amigh traite la question de la vie des femmes pendant l’ère Qadjar (fin XVIIIe) – et développe une pratique qui puise autant dans la mythologie persane que dans l’image de la femme contemporaine. 

Dans ses installations, Roya Amigh emploie des figures mythologiques tirées des écrits des grands poètes persans Ferdowsi, Rumi et Hafez. Le titre de l’exposition « Stay up until dawn » (Reste debout jusqu’à l’aube)est emprunté au poème de Rumi Certaines Nuits, influence majeure de l’artiste. De petits dessins méticuleux au fil, collé sur du papier-calque sont assemblés pour former de délicates sculptures qui suggèrent la fugacité de souvenirs suspendus dans l’espace. L’artiste interroge la relation entre la mémoire, l’Histoire et l’imaginaire contemporain qui s’en nourrit. « En recréant des images qui rassemblent des éléments de différentes légendes représentées en miniature persane, je tente d’interroger la complexité de l’histoire des femmes iraniennes » explique l’artiste. Roya Amigh a grandi avec la mythologie persane racontée par son oncle. Cette narration ne suit pas une structure linéaire ; elle se base sur des histoires transmises d’une personne à une autre, où fiction et vérité se confondent. La ligne narrative peut continuer indéfiniment, créant inévitablement des mises en abymes. RoyaAmigh explique : « Faisant écho aux distorsions naturelles de la mémoire, je crée ma propre version de cette mythologie dans ma pratique, mettant en lumière des histoires qui me sont arrivées ou qui sont arrivées à certaines femmes que je connais. »

Olivier Waltman
Paris, 2022

Artist statement

[…] Je m’intéresse à l’identité et à l’histoire sociale des femmes, vues sous le prisme des questions du « genre » et de la « sexualité ». Je cherche à interroger leur rôle et la portée de leurs voix dans les différents mouvements sociaux et manifestations en faveur du droit des femmes. C’est par la pratique du dessin que je réalise cela. Je donne ma propre version des miniatures persanes ; une version contemporaine qui convoque souvent des images collectées sur internet.

Les miniatures persanes – illustrations de textes classiques de la littérature iranienne –sont réalisées avec des couleurs vives. Dans ma pratique, je fais le choix de modifier ces illustrations en retirant la plupart des couleurs. Je commence par déposer de la colle sur le papier calque à l’aide d’une petite épingle pour former le dessin, puis j’y fixe le fil. Ce fil, que je colle, par sa matérialité textile, confère une présence intéressante à la ligne du corps. Je réalise différentes figures que j’assemble ensuite par fragments : une fois cousus ensemble, leur juxtaposition construit l’œuvre dans sa globalité.

Historiquement, les miniatures persanes mettent en scène de nombreux personnages, des allégories et des figures mythologiques que je réinterprète à l’aune de ma sensibilité féministe. Je m’autorise même à transformer les personnages existants en changeant parfois leur genre. De fait, j’entrecroise cette historicité, qui foisonne de symboles cachés, avec une nouvelle narration qui met en scène des événements d’aujourd’hui. Je raconte des épisodes réels du vécu des femmes, je tente d’en fixer le souvenir afin de mieux intégrer ces expériences et leur impact sur le quotidien. Pour ce faire, j’adopte un point de vue extérieur, le seul me permettant de proposer une synthèse entre une mémoire collective nourrie de contes populaires et la littérature classique iranienne où la différentiation des genres est très prononcée. […]

Roya Amigh
Boston, 2022

 

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