FRANÇOIS RONSIAUX

Artist statement

 

UNITED LAND

United Land est un projet global photographique et plastique qui explore les notions de territorialité et les psychoses de l’homme face à la potentielle disparition de ses espaces vitaux.
L’être humain, en quête perpétuelle de contrôle de son environnement de vie, se retrouve depuis peu face à la question de temporalité de l’existence humaine et à l’hypothèse d’un arrêt brusque ou progressif de la vie sur terre.
Nous vivons notre époque avec l’idée consciente ou inconsciente d’une insécurité sur le long terme, d’ou une difficulté de se projeter dans le futur. Ceci produit une accélération des modes de vie et la frénésie palliative de construire dans l’urgence et massivement.
Notre société postmoderne est définie par un éclatement et une désintégration des valeurs du progrès en tant qu’idée généraliste et fédératrice conduisant à une prise de conscience des problématiques de dérégulations socio-économiques et environnementales. Le paradigme du productivisme nous a fais prendre conscience de la fragilité de notre espace vital physique et psychologique.
United Land est un instant T où l’activité et le mouvement sont stoppés et l’oeuvre humaine devient sujet à réflexion à travers des paysages utopiques sous-marins définitivement figés de toute influence exceptée celle de l’érosion marine.
Symbole de la perte de contrôle de l’homme sur son environnement l’eau devient vecteur régulateur en prenant la totalité de l’environnement humain; suite à une hypothétique fonte des glaces. A travers cette immersion, la notion d’appartenance territoriale humaine et politique perd son sens et devient une notion abstraite. United Land revendique uniquement en tant que longitudes/latitudes, sans appartenance à une quelconque identité géopolitique ou aucune réelle possibilité de localisation géographique.
Le projet sans revendiquer un discours écologique, interpelle sur la capacité de l’homme à concevoir son existence sous une forme adaptative et non appropriative ou comment remettre en question les préceptes de fonctionnement de la société contemporaine.

 


 

Inversion de Pôle / projet United Land

IP United Land est une série de montages photographiques à travers le monde, en résonance à la théorie scientifique de l’inversion des pôles magnétiques de la planète. Le projet est articulé autour de la « Survival Map », carte de Survie représentant la planète terre avec un niveau des mers supérieur de 300m de plus que l’année 2012, date de création de la carte.
Chaque monument, construction, building, élément naturel, dépassant la hauteur de 300m y est représenté par un symbole et oriente la cartographie photographique du projet Inversion de Pôle.
La théorie de l’inversion des pôles, assez récente n’est aujourd’hui plus discutable d’un point de vue scientifique puisque prouvée, mais ses origines précises et ce qu’il peut potentiellement en résulter donne lieu à plusieurs points de vue très différents.
Il a été découvert dans l’analyse géologique des roches notamment volcaniques de la planète, qu’à différents moments de l’histoire de la terre, des inversions de pôles magnétiques plus ou moins longues ont eu lieu. Deux points de vue s’opposent sur l’origine de ces inversions : le premier est un choc important de type météorite, le deuxième est dû au bouillonnement de magma du coeur de la planète qui pourrait produire des flux magnétiques aléatoires capables d’inverser les pôles.
Les pôles actuels se déplacent régulièrement de leurs points de référence, mais on ne peut absolument pas prévoir aujourd’hui quand une
possible inversion pourrait avoir lieu dans le futur.
IP United Land est une recherche fictionnelle basée sur les théories de certains chercheurs, sur une des conséquences d’une inversion de pôles d’une durée assez longue et le point de départ du projet United Land.
En cas d’inversion, il se produirait un mouvement massif des courants marins et la perte de la stabilité de la calotte glaciaire qui se déplacerait du Nord au Sud et du Sud au Nord; cette quantité de glace en se déplaçant fonderait progressivement et produirait une montée des eaux rapide et régulière.
Le projet dépeint une image fantasmée de cette situation de déplacement glaciaire en la confrontant à notre architecture en augmentant le niveau actuel des mers de 300mètres; il s’agit d’un instant T au milieu d’un procécus terrestre incontrôlable et aléatoire.

 


 

28ème PARALLÈLE

Le projet 28ème parallèle est une recherche photographique et plastique sur les différentes expressions des théories du complot.
Une exploration fictionnelle des frontières de la réalité en tant qu’information falsifiée par une société surmédiatisée.
L’image contemporaine multisupport produite par l’ingeniering de la propagande définit ce qui est juste au dessus de toute recherche intellectuelle ou instinctive.
Dans le 28eme parallèle, 5 énarques au dessus des lois et des frontières géopolitiques contrôlent la planète en utilisant le panel de médias modernes et la sublimation d’images.
Ces 5 personnes identiques d’apparence dénommées ” sources ” influencent et orientent les choix politiques, définissent les règles globales internationales à appliquer et influent sur la vie de tous les individus.
Un nouvel ordre politicospirituel appelé “les guides” se crée constitué d’électrons dans le but d’une réappropriation de la planète par ses habitants.
Dans une représentation symbolique et fantasmagorique, ces guides à l’allure fantomatique étudient les failles du système et pénètrent par leur précepte de fonctionnement et de pensée autonome le réseau de propagande international.
Leur route les mène inévitablement vers les 5 sources.

Par cette allégorie et cette fiction, le 28ème parallèle approche les systèmes modernes de manipulation des populations, dans la lignée des œuvres de science fiction de Philip K. Dick à George Orwell, dans une réalité bien ancrée et non loin de la philosophie de notre époque contemporaine.

 


 

ICE CLOCK

Groupe frigorifique, impression 3d acier inox, impression 3d epoxy
160x35cm – 2016

ICE CLOCK est une série d’Installations-sculptures mêlant création 3d et technologie réfrigérante dans un système autonome de création/destruction aléatoire d’iceberg. L’iceberg en suspension sous une cloche en verre fond en partie et se reconstitue cycliquement, inondant une partie d’un paysage artificiel soutenant la pièce.
Les sculptures modifient leurs formes et apparences en fonction des heures de la journée, de la saison et des conditions de température et d’hydrométrie, et développent des phases de condensation, brouillard, ou d’inondation; ce qui rend le projet changeant et vivant continuellement.
ICE CLOCK, dans la lignée du projet United Land, représentant la planète recouverte par les eaux et la glace, est une allégorie fantasmagorique de la situation ambivalente de l’homme contemporain dans son environnement et de sa vision ambigüe du rapport Nature/progrès. Ici l’iceberg montre plus qu’un fragment visible mais sa face cachée, son coté obscur, dans une perspective réaliste de fonte irrémédiable malgré les perfusions technologiques artificielles soutenant une ambitionnée hypothèse d’équilibre.
Ces majestueuses montagnes de glace éphémères sont l’éther de l’impossibilité de contrôle des éléments en présence sous l’usure du temps, et symbolisent irrémédiablement la disparition, ou pour un esprit éclairé la transformation d’une forme vers une autre dans un esprit de rotation cyclique.

 


 

Point de vue

 

A l’heure bleue d’une contre-utopie

Les oeuvres qui se donnent l’ambition d’un projet sociétal globalisant ne sont pas si nombreuses, surtout lorsqu’elles s’appuient sur des présupposés scientifiques.
François Ronsiaux qui s’attache à une vision monumentale de sites urbains, développe son projet United Land depuis plusieurs années. Celui-ci a donné lieu à plusieurs interprétations dont celle des projections nocturnes in situ de Paris Underwater réalisées dans le 20ème arrondissement de la Capitale pour la Nuit Blanche 2015. Mais sa version finale est un ensemble de photographies réalisées dans une dominante bleuâtre. Si la lumière bleue est principalement émise par le soleil, elle l’est de plus en plus, en intérieur, par la multiplication des sources lumineuses artificielles : éclairage halogène, LEDs, écrans d’ordinateurs et de smartphones. Ce choix esthétique a aussi le mérite de lier ces images à la question de la venue du sommeil ou plutôt de son empêchement puisqu’il est prouvé que la lumière bleue « leurre le cerveau » en émettant les mêmes longueurs d’onde que le soleil durant la journée. Elle trouble ainsi le rôle de la mélatonine, cette hormone naturelle produite en fin de journée et qui favorise l’endormissement. Symboliquement, l’annonce de cette heure bleue d’une humanité anesthésiée par ses technologies prépare le terrain d’un bouleversement des territoires de la vie.

On peut justement définir l’utopie en terme de « territoire imaginaire, parfaitement organisé où règne la concorde entre les habitants; on sait que par extension, elle se constitue en modèle pour un projet révolutionnaire audacieux et idéal ». Oscar Wilde affirmait son caractère primordial « Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas ». Une des formes physiques souvent utilisées pour la matérialiser est l’île. On peut en voir le fondement dans l’Utopie de Thomas More. Son île, difficile d’accès, est constituée de 54 villes fortifiées, rigoureusement identiques : « Qui connaît cette ville les connaît toutes, car toutes sont exactement semblables, autant que la nature du lieu le permet ». Ce caractère insulaire et sériel trouve un héritier dans les oeuvres de Philippe Calandre, telles Isola Nova (2012) ainsi que dans les suites de ce projet architectural général.

L’artiste luxembourgeois Bert Theis (1952-2016) a réalisé quant à lui en 2014 une série de photomontages de grands formats à partir de vues aériennes des villes de Milan, Munich, Paris, Tirana et Turin où la nature envahit l’ensemble des espaces urbains pour en faire une sorte de « jungle urbaine ». Il en écrivait : « Proposées en contrepoint des processus de transformation urbaine et des opérations de spéculation immobilière qui les accompagnent, ces « agglovilles » entendent démontrer qu’une autre ville est possible, parce que son image est possible. ».

La preuve par l’image, son rôle démonstratif, c’est aussi ce qui guide la production artistique de François Ronsiaux. Le propos général relève plutôt de la dystopie qui consiste à « projeter, à l’opposé de l’utopie, ce que craint l’auteur au lieu de ce qu’il souhaite ». Aujourd’hui, la dystopie est avant tout un genre littéraire, sous-domaine de la science-fiction qui inspire aussi des plasticiens établissant des projections dans un futur à partir d’un présent indésirable. « Toutes deux testent les limites de la réalité, l’utopie approche d’un idéal qu’elle atteint rarement – stoppée par le monde réel – et la dystopie rend visibles différents points de rupture et vulnérabilités » Michael D. GORDIN, Helen TILLEY et Gyan PRAKASH, in Utopia / Dystopia: conditions of historical possibility.

L’une comme l’autre envisagent des solutions globalisantes. Ainsi on peut voir dans United Land le double héritage de deux séries du groupe florentin d’architectes radicaux réunis sous le label Superstudio. L’ambition générale ferait plutôt allégeance au Monument continu présenté par le groupe en 1969 qui se voulait « un modèle architectural pour une urbanisation totale ». Ils en déclaraient « l’architecture est un des rares moyens pour rendre visible l’ordre cosmique sur terre ». Cet ordre ou plutôt ce désordre cosmique François Ronsiaux l’envisage comme la suite possible d’une apocalypse géomagnétique en référence à la théorie scientifique de l’inversion des pôles magnétiques de la planète. Le projet s’articule autour de la « Survival Map », Carte de Survie représentant la planète terre avec un niveau des mers supérieur de plus de 300m. Du fait de la perte de contrôle de l’homme sur son environnement, l’eau devient vecteur nivelant la totalité de l’environnement humain, suite à une redoutée fonte globale des glaces. On peut voir l’antériorité du projet dans la série Sauvetage des centres historiques italiens créé en 1972 par Superstudio suite aux séismes et crues ayant dévasté Florence et Venise « L’homme ne possède désormais d’autre science que celle de sa propre destruction. La ville est aujourd’hui submergée par le fleuve de l’histoire désormais contaminé et transformé en une marée d’eaux usées. »

Nicolas Moulin a revendiqué l’influence des florentins ce qui permet de situer United Land au sein d’une famille (restreinte) de créateurs, en lien à des ensembles comme VIDERPARIS (2001) ou INTERLICHTENSTADT (2009) qui mettent aussi en scène des formes nouvelles de monuments. Ces artistes
partagent la volonté de faire oeuvre dans une logique traversant leurs différentes propositions sérielles. Les photomontages de François Ronsiaux se partagent entre deux univers colorés, si la lumière bleue y est dominante, certaines scènes sont marquées par une ambiance plus froide évoquant des situations glacières. En 2016, ses oeuvres plus sculpturales des Ice Clock sont constituées d’un « Groupe frigorifique, et d’impression 3d en acier inox et impression 3d sur époxy ». L’iceberg en suspension sous une cloche en verre fond en partie et se reconstitue cycliquement, inondant une partie d’un paysage artificiel soutenant la pièce.

Ces différents états d’inquiétudes écologiques quant aux territoires de survie humaine amènent la création de ce que Michel Lussault appelle des Hyper-Lieux dans son essai sous-titré Les nouvelles géographies de la mondialisation (Seuil 2017). Il les relie à ces phénomènes notamment climatiques où les évènements font lieu, il constate à leur sujet : « Le Monde contemporain est de plus en plus marqué par l’importance prise par l’imagination spatiale de la catastrophe. » Parce que le terme dystopie qui matérialise ces psychoses collectives est peu familier à un large public, on peut lui préférer son synonyme de contre-utopie. United Land tente une approche ironique de cette mondialisation avec la série des drapeaux customisés au bleu de la catastrophe des nouvelles Nations Unies.

Christian Gattinoni

 

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