STEVENS DOSSOU-YOVO

Point de vue

L’artiste franco-béninois Stevens Dossou-Yovo questionne aussi bien la notion de temporalité que notre rapport à l’espace et à la matière. Entre vision métaphysique du monde et matérialité de l’objet, ses sculptures, souvent murales, fonctionnent comme autant de métaphores du réel. Pour l’artiste, « tout commence dans le virtuel mais l’aboutissement le plus certain est sans doute la matière en tant qu’objet ».

Son travail se situe précisément à la confluence de différents chemins : « la dimension mathématique me sert à développer ma vision de la 3ème dimension en m’appuyant sur la 2ème dimension ». Pour y parvenir, Stevens Dossou-Yovo s’exprime d’abord à travers le dessin afin de projeter son idée de l’espace. C’est là que le regardeur passe de la virtualité à la réalité.

Le rectangle est sa madeleine de Proust. Employé à la manière d’un alphabet, il illustre l’espace et la perception que nous en avons. Le vide que l’on trouve dans ses sculptures raconte un temps suspendu…

Stevens Dossou-Yovo expérimente les différentes textures qu’offre l’acier : oxydé, brossé ou peint, l’esthétique patinée de ces formes flottantes témoigne de l’inexorable usure des matières et du passage du temps. Ses sculptures peuvent être perçues comme des plans abstraits aussi bien que des paysages intérieurs ; la géométrie et la perspective sont depuis toujours au cœur de son processus de création, elles lui permettent de jouer à l’infini avec le champ des possibles.

La quête d’universalité est essentielle dans la pratique de Stevens Dossou-Yovo : le langage et les mathématiques nourrissent son œuvre, à la fois propriété de tous et de personne, traversant les siècles, les cultures et les croyances.

Chaque sculpture de Stevens Dossou-Yovo se présente comme une équation spatiale ou une formule mathématique. A la manière des stabiles d’Alexander Calder, l’illusion optique crée l’effet saisissant d’un mouvement immobile. Les éléments assemblés sont à la fois en chute libre et en lévitation, statiques et animés par la circulation de l’air. Une certaine mise en forme de la matérialité du monde qui nous entoure.

Olivier Waltman,
Paris, février 2022


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